Mai 2015, Migrations.

Invités & Interview :  Christophe Harrisson de France Terre d’Asile,  Sophie Petru de l’Antenne Jeunes Flandre et la retransmission d’une interview de Gabriele del Grande, coréalisateur du film « Io Sto con la Sposa »*

Les naufrages, les morts, les disparus se succèdent. La mer Méditerranée compte désormais le plus grand nombre de morts de migrants  à travers le monde.Venus de Syrie, Palestine, Irak, Erythrée, Mali, de tous les foyers de violence et de conflits armés autour du bassin méditerranéen, les migrants passent par La Turquie, l’Egypte, la Lybie afin de chercher refuge en Europe.  366 morts le 3 octobre 2013, 500 le 10 septembre 2014, 400 le 12 avril 2015, 800 ce 19 avril 2015…On dénombre ainsi plus de 22 000 morts en mer Méditerranée depuis l’année 2000.

La migration en Europe est pourtant très loin des migrations qui touchent les pays en développement et les plus proches des conflits. En effet, on estime à 80% le nombre de migrants qui fuient dans les pays limitrophes des pays qu’ils quittent. On compte ainsi par exemple 25% de personnes syriennes au Liban aujourd’hui. Et l’Europe ne représente que 3% des migrations.  274 333 migrants vers l’Europe en 2014.

Avec son film « Io Sto con la Sposa »* , Gabriele del Grande, Italien, nous rapproche d’une réalité de l’émigration tangible, réelle, celle de personnes prises dans toute leur individualité et leur tissu de relations. En octobre 2013, il rencontre sur une terrasse de café de Milan Abdallah Sallam, étudiant palestinien, qui vient d’échapper deux mois plus tôt au naufrage du 11 octobre 2013 entre la Sicile et l’Ile de Malte, non loin de l’Ile italienne de Lampedusa. Le souhait d’Abdallah Sallam comme également celui d’Ahmed Abed et sa femme Mona Al Ghabra, Alaa Al-Din Bjermi et son fils de 14, 15 ans Manar, tous venus de Syrie récemment, est de rejoindre la Suède.  Gabriele del Grande qui connait la situation en Syrie pour y avoir été en tant que journaliste décide alors avec deux de ses amis poètes et écrivains palestiniens d’organiser ce voyage. Décision est prise aussi, pour ce faire, de constituer un convoi autour d’une mariée fictive, Tasnim dans le film, Palestinienne, et possédant un passeport allemand. D’autres amis italiens se joignent au voyage que le film nous fait vivre ainsi en quatre jours.  Le public qui comprend alors que le risque est que toute cette équipée se fasse arrêter, du fait que certains n’ont pas de papiers, s’attachent et écoutent l’histoire de chacun jusqu’à se sentir vite membre à son tour du convoi et se mettre à vivre une véritable rencontre.

Devant ces morts, devant ces vies humaines multiples qui fuient la violence et les conflits, l’Europe se doit de réfléchir à de véritables politiques humaines et viables. Le renforcement des dépenses de contrôles, de surveillance, qui par certains aspects, constitue aussi un véritable business, au détriment d’une politique d’aide au développement, d’aide aux réfugiés, d’aide à l’intégration, si elle sauve des vies n’apporte pas de véritables solutions.  Demande de conférence internationale sur le sujet à la demande du Président du Mali, réflexion sur une politique de mobilité globale, mise en place de possibilités de favoriser les demandes de droit d’asile en amont avant de monter dans les bateaux, renforcement des solidarités et responsabilités de tous les Etats au niveau européen (quand on sait que sur 28 Etats, seuls 6 pays accueillent la grande majorité des migrants), révision du règlement européen dit de Dublin sur la détermination des pays retenus pour l’examen des demandes de droit d’asile, révision des politiques de migrations de travail au regard des besoins des pays européens eux mêmes…Si l’on veut en effet éviter le recours au travail au noir, la violence des passeurs et trafiquants qui amènent à leur tour de nouvelles problématiques, faciliter la fluidité des échanges et le mouvements mêmes des migrations dans un sens comme un autre, une large réflexion s’impose et de véritables décisions à la fois humaines et viables doivent être prises.

Pour nous aider à réfléchir à toutes ces questions, Christophe Harrisson de France Terre d’Asile nous apportera ainsi sa propre réflexion et connaissances du sujet comme Sophie Petru qui à l’Antenne Jeunes accueille également de jeunes mineurs migrants, nous apportera les siennes.

* « Io Sto con la Sposa » (Moi, je suis avec la mariée) de Gabriele del Grande.

Contact : http://www.france-terre-asile.org/ /